Derrière la façade de la mosquée, la grande, face à la mairie, les murs de l’ancienne église, insoupçonnables. Le nouveau porche carré aux neuf voûtes soutenues par des piliers symétriques, le dôme qui le surmonte, couvert de mosaïque, s’encastrent parfaitement sur ce qui était le parvis, ni vu ni connu. De chaque côté des anciens murs de façade, les mêmes mais rafraîchis couleur pastel, on a construit deux minarets. Tout autour, une grille. Je reconnais les deux palmiers devant la vieille église, le décor m’amuse un peu.
A l’intérieur, l’imam nous conduit à travers la grande salle de prière, c’est la nef de l’église et ses vitraux, tout en haut, les motifs géométriques n’ont contrarié personne. On a poussé les murs latéraux pour accueillir la foule des fidèles, le vendredi. Le vieil imam a connu les Français mais il nous parle en arabe : …nos mosquées sont pleines, chez vous, ce sont les prisons ; nos garçons viennent étudier à l’école coranique, là, vous voyez ? dans vos banlieues, les jeunes deviennent des délinquants…. Silence. Le traducteur choisit l’impassibilité.
Le mihrab est installé au même endroit que l’autel. L’imam nous emmène dans ce qui fut la sacristie. Les placards en bois où les enfants de chœur rangeaient ciboires, burettes, étoles et chasubles ont disparu. Un bureau modeste, divan recouvert d’une peau de mouton, coussins brodés, au mur un grand tapis ouvragé de textes sacrés et une photo de l’imam, grand,sec, digne, à côté du président Bouteflika.
La jolie surprise se trouve au jardin, porte ouverte sur un ciel de printemps. Les murs latéraux de l’église Saint Vincent sont là, avec leurs moulures, leurs niches, leurs fenêtres voûtées. Vestiges du passé bordés, entourés de petits arbres fruitiers, de quelques ceps de vigne, d’herbes odorantes, de plates-bandes prêtes à donner des fleurs. Sous l’œil du guide et celui du traducteur, je n’ose pas aller voir de près si l’imam , dont le jardin secret adoucit l’austérité,cultive, sous les murs de la vieille église, carottes et poireaux, comme un curé de campagne Instants insolites et réconfortants après la pénombre de la salle de prière, si grande, si nue pour l’enfant brusquement en mal d’ors et de pompes que je suis redevenue. tourner la page